BLASKET ISLAND
Le chemin est abrupt qui descend la falaise...
A l'aplomb turquoise de la crique...
Où le bateau attend...
Un promontoire rocheux qui jaillit de la mer...
Regarde vers les îles...
Les eaux miroitent...
Il faudra un zodiaque pour gagner le ferry...
Et les Blaskets au loin...
Rocheux joyaux des mers...
Les phoques font ballet pour saluer l'arrivant...
Ils nagent une ronde près du bord de la rive...
Et s'écartent à peine quand passe le bateau...
Voici Blasket la Grande...
Et ses maisons en ruine...
Ses brebis à longs poils allaitant leurs agneaux...
Et le calme infini...
Et l'herbe moutonnante...
Et la vue vers la terre...
Et les pentes qui montent...
Blasket, la paisible...
Et ses dents de pierre vive...
Blasket désertée des vivants de jadis...
Rendue aux animaux...
Au soleil, à la mer...
Aux mousses sur la pierre...
Blasket ne se peuplant un peu plus qu'en été...
Mais déserte au printemps...
Libre...
Calme...
Intouchée...
Paradis des moutons...
Qui parcourent ses flancs...
Semant les touffes d'herbe des touffes de leur laine...
Broutant dans le jour clair...
Allant dans la lumière...
Sans songer à ceux-là qui vivaient dans ces murs...
Un seul mouton brun parmi les moutons blancs...
Du bleu, du vert, du gris...
Le bonheur...
C'est d'être dans la beauté du monde...
C'est d'aller librement...
Sans se troubler de rien...
Librement...
S'arrêter...
Pour regarder au loin, s'emplir...
S'enraciner...
Dans la nature immense...
Créature finie...
Rêvant d'éternité...
Le bonheur c'est d'être un avec l'herbe, avec l'escargot...
Avec l'agneau curieux...
Avec le roc et l'écume...
De s'abandonner à la nature...
De sentir en soi ses mouvements puissants...
Ses élans immobiles...
De l'habiter de tout son être...
Heureux d'y semer au hasard la rémanence intime d'être passé par là, d'avoir aimé, d'avoir souri...
Les phoques, sur la plage, savent la douceur d'être...
L'eau calme...
Les rochers qui abritent du vent...
Le soleil...
Le bain...
La sieste...
L'immensité...
Ils savent le départ en troupe...
Vers l'eau claire...
La ruée écumante...
Dans l'onde aigue marine...
Ils vivent en famille...
Et pêchent de concert...
Plongeon jubilatoire...
Dans les flots accueillants...
Gerbes d'éclaboussures...
Dans la musique douce des vagues de turquoise...
Tandis que d'autres restent là...
A regarder passer les mouettes...
Laissant leurs frères et soeurs...
S'immerger dans la mer d'Irlande...
Plonger...
Ne plus faire qu'un avec l'eau qui les porte...
Et, en levant la tête, admirer les oiseaux...
C'est aux phoques, aux oiseaux, aux moutons, aux lapins...
Que les îles appartiennent...
Pour eux que leurs coins d'ombre se font coussins de mousse...
Et l'homme qui vient là, le sait...
Qui s'émerveille...
Croyant trouver des cheveux d'ange...
De se savoir au Paradis...
Blasket, il est temps de reprendre la mer...
D'aller longer les côtes...
L'aplomb rocheux qui défend les prairies...
Temps de voguer...
Sur le bateau...
Vers l'île de la cathédrale de pierre...
De voir, avec l'eau, bouger la terre..
Et le zodiaque suivre...
D'avoir de toute chose une autre perspective...
De croiser des puffins, timides perroquets des mers...
De jouir de la lumière diamantant l'onde...
Des nuances infinies...
Du bleu...
Temps d'aller retrouver...
La rade...
De Dunquin...
Dans le soir miroitant...
Copyright Muriel NAJEAN de BEVERE. Tous droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation.